La double peine des troubles psychiques

J’en ai déjà parlé plus tôt, j’ai eu dans ma vie des troubles psychiques, mentaux, psychiatriques, de l’humeur, ou comme on veut bien les appeler.

Il y a un point que j’aimerais aborder dans cet article. Un point particulier, un point fondamental.

La maladie psychiatrique, ça n’est pas un choix, c’est quelque chose que l’on subit.

Il y a vraiment des gens qui pensent qu’on choisit de faire une dépression, d’avoir des hallucinations, des angoisses envahissantes, des troubles de l’alimentation, des phobies, etc. ? Il y a vraiment des gens qui pensent ça ? Du style « ouais l’autre, il fait son intéressant avec sa schizophrénie » ou encore « l’autre là, elle s’amuse à se faire vomir ». Non mais je rêve !

 

Alors laissez-moi remettre les choses à leur place. Ces personnes-là, qui ont une pathologie qui touche au psychisme, ce sont des gens qui souffrent, qui n’ont pas choisi, qui sont souvent débordés par leur situation, qui luttent, qui font ce qu’ils peuvent pour s’adapter, pour survivre.

Et comment sont-ils accueillis par la société ? Ils sont rejetés, stigmatisés, violentés. C’est vraiment comme ça qu’on veut traiter les gens qui souffrent ? Veut-on seulement qu’ils ne souffrent plus ?

Ou ne fait-on que se rassurer de ne pas être aussi pires qu’eux en ne voyant que les différences ? « Ouf, je suis pas aussi fou que lui, ça va ». Donc ce que fait la société, c’est amplifier les différences entre « fous » et « sains d’esprit », elle ne cherche pas à les guérir ou les intégrer, elle cherche à les séparer pour tenter de se rassurer sur sa propre santé mentale.

 

Des exemples, on peut en trouver beaucoup dans la façon dont sont traités les faits divers dès qu’un des protagonistes présente des troubles psychiatriques. Le fou, c’est à tous les coups le méchant et le dangereux.

Il y a aussi cette mode d’employer des termes de maladies psychiatriques à tout va. Et chacun y va de son petit « schizo », « psychopathe », etc. Toujours pour désigner l’autre, vous remarquerez.

Et puis il y a aussi la façon dont on nomme les choses : un fou est fou, c’est-à-dire qu’on dit de quelqu’un que c’est un schizophrène, ou c’est un bipolaire. On identifie une personne à une maladie. On ne fait pas ça avec toutes les maladies. Notez bien qu’on dit qu’une personne a un cancer, a un diabète, a une jambe cassée. Pourquoi donc ?

 

silhouette sur fond coloré

 

J’ai personnellement vécu ça dans mes plus jeunes années. Et croyez-moi, le plus dur ça n’est pas de surmonter ses propres problèmes, le plus dur c’est d’être jugé négativement en permanence, d’être rejeté, dévalorisé.

Et franchement être dévalorisé, c’est pas vraiment ce dont une personne déprimée a besoin. C’est du bon sens, non ?

 

Le plus dur, ça n’a pas été de sentir cette immense douleur morale dans mes tripes, le plus dur ça a été les remarques du style « fais un effort », « t’es une loque », « la vie, c’est pas compliqué, mets-y du tien ».

Le plus dur, ça n’a pas été de gérer une forme de vulnérabilité dans certaines situations, le plus dur ça a été de dépenser le peu d’énergie à ma disposition pour la cacher et que personne ne soit au courant.

Le plus dur ça n’a pas été de finir mes études ou trouver un travail malgré des périodes difficiles, le plus dur ça a été de tout faire pour trouver des fausses excuses quand je devais m’absenter.

Et je ne parle pas des questionnaires de santé des compagnies d’assurance… le droit à l’oubli, c’est pas pour demain.

 

La conséquence de ça, quand même, c’est qu’arrive le moment où on se moque bien d’être jugé négativement par grosso modo le reste du monde moins quelques personnes. Et là on sait qu’on s’en est sorti. On sait qu’on a fait le plus gros. On sait que rien de pire ne peut nous arriver.

Mais c’est vraiment pas facile de remonter deux pentes, la pente de la pathologie et la pente de la stigmatisation sociale. C’est la double peine.

 

Je ne comprends toujours pas, pourquoi accabler quelqu’un qui est déjà accablé ?

 

 


Isabelle,
Expérimentatrice enthousiaste des arts visuels.
Mais pas que.

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