Entre jeu et travail : équilibrer les deux phases de la création

En tant qu’expérimentatrice créative, il y a un point qu’il m’est parfois difficile d’appréhender. C’est la dualité de l’acte créatif. Comment équilibrer les deux phases de la création ?

Parfois créer c’est juste un jeu, mais ça devient frustrant car esthétiquement ça n’est pas toujours terrible. Parfois créer c’est juste un travail, mais ça devient frustrant car ce n’est pas très fun à faire.

 

J’appelle le jeu les activités qui sont faites sans objectif particulier. Dans le jeu, il n’y a pas d’attente de résultat. Il n’y a pas d’enjeu financier ou matériel. Le jeu est une exploration joyeuse qui se passe sans contrainte particulière venant de l’extérieur.

J’appelle le travail les activités qui sont réalisée dans un objectif de résultat précis. Dans le travail, on cherche à atteindre un but. On peut chercher à apprendre une technique, à produire une réalisation précise. Le travail est une exécution focalisée sur un objectif défini.

 

Entre jeu et travail : équilibrer les deux phases de la création

 

Comment équilibrer le jeu et le travail ?

Pour les plus pressé-e-s, voici un récapitulatif de mes conseils :

  • distinguer ce qui relève du jeu et ce qui relève du travail pour équilibrer les deux aspects
  • identifier quel moment est propice au jeu et quel moment est propice au travail pour optimiser leur efficacité
  • décomposer une tâche en sous-tâches « jeu » et sous-tâches « travail » pour favoriser la fluidité

 

 

Et pour celles/ceux qui ont du temps devant elles/eux, voici ce qui se cache derrière ces conseils.

 

Mon cheminement personnel et ma recherche d’équilibre.

Il m’a longtemps été difficile d’équilibrer ce qui m’apportait de la joie et ce qui m’apportait de la satisfaction dans mes activités créatives. Je comprends de mieux en mieux comment ces deux aspects s’articulent et comment en tirer profit pour une pratique fluide et plaisante.

Nous avons tous des élans et des instincts qui sont plutôt « jeu » ou plutôt « travail ».

J’ai appris à repérer les moments propices à l’un ou à l’autre mouvement créatif : le jeu ou le travail. Je sais maintenant que le matin est plus propice pour moi au jeu car c’est comme un échauffement. J’ai besoin de jouer pour explorer tous les possibles. Comme j’ai besoin d’appréhender au début d’une journée que tout est possible.

Et puis à mesure que la journée avance, mes activités se planifient, deviennent plutôt des exécutions d’idées que j’ai eues plus tôt. Et ainsi je me sens satisfaite en fin de journée parce que j’ai pu mener les idées qui m’importaient jusqu’au bout.

 

Ce sont deux états d’esprit complètement différents et complémentaires.

Le jeu alimente le travail.

Le travail alimente le jeu.

Le jeu est l’expérience privilégiée de la nouveauté, sans les enjeux propres au travail. Souvent, lorsque je joue, je rate, je rature. Ce que je fais est sans intérêt esthétique, sans maîtrise de l’outil. Et c’est justement cette absence d’objectif et d’enjeu qui laisse la place à l’expérimentation libre d’un outil, d’un medium ou d’une idée en train de germer. Il est important dans cette phase de ne pas juger le résultat et de se concentrer sur le processus.

En explorant toujours plus, on agrandit sans s’en rendre compte ses capacités, sa maîtrise. On se familiarise avec certaines techniques, sans même s’en rendre compte. C’est un moment plaisant et sécurisant. En tout cas, si on a bien pris garde de garder ce moment pour soi et ne pas s’exposer inutilement à une critique destructrice venant de l’extérieur.

J’ai souvent confondu la créativité avec le jeu alors qu’elle englobe le travail !

Et puis, je me suis rendue compte, lors du défi gribouillimagique, lancé par Marie Guibouin, que j’étais frustrée de moins faire de dessins esthétiquement valables. J’ai d’abord pensé que c’était mon orgueil qui n’aimait pas que je n’expose que des dessins « moches ».

En creusant un peu plus, je me suis rendue compte que ce n’était pas vraiment ça. Il y a quelque chose de satisfaisant dans le fait de faire un dessin esthétiquement réussi, non pas pour s’enorgueillir, mais plutôt pour terminer quelque chose. Il me manquait la fin de l’histoire : un gribouilli, oui, en ensuite ?

C’est une satisfaction que je rapprocherais de celle du travail bien fait. Je n’aime pas faire le ménage mais j’éprouve ce genre de satisfaction après avoir récuré la baignoire ou lavé la vaisselle. Ah ! Bah voilà, c’est propre, c’est fait ! Le fait qu’il n’y ait pas d’enjeu prive aussi de la satisfaction à se dépasser et donner le meilleur de soi. C’est comme si l’élan de création restait à l’état de gestation. Comme si le cycle se figeait. J’ai pris conscience que je restait sur ma faim si je ne faisais que des gribouillis, des expérimentations sans finalité.

De la même façon que j’avais déjà pris conscience que je ressentais beaucoup de frustration à me concentrer uniquement sur l’aspect technique et la production. J’ai ressenti ça les nombreuses fois où j’ai décidé d’étudier à fond l’anatomie humaine sans me ménager d’activité plus légère. Et je pense que nous sommes nombreux à avoir vécu ça à l’école.

Le création demande la pratique régulière de ces deux types d’activité : le jeu et le travail.

 

Pour pouvoir utiliser pleinement sa créativité, il est important de savoir rater et de savoir réussir.

Le jeu nous entraîne à rater et d’y voir l’expérience et les opportunités qui se cachent dans l’imperfection ou l’échec. On y apprend que l’échec n’est qu’une vue de l’esprit. On apprend à oser, à porter sur ses actes créatifs un œil accueillant et bienveillant.

Le travail nous entraîne à réussir et y voir la progression, expérimenter la satisfaction. On y apprend la joie lorsqu’on relève un défi, le sentiment de progresser et s’améliorer. On apprend à réussir et à développer sa motivation et son ambition.

 

Les deux phases se nourrissent mutuellement en élargissant les possibles, en gagnant en expérience.

 

Mais attention à ne pas abuser de l’une ou l’autre de ces phases ! Car un déséquilibre créera une frustration ou une insatisfaction.

Abuser du travail au détriment du jeu, c’est perdre peu à peu sa joie et son plaisir à créer.

Abuser du jeu au détriment du travail, c’est perdre le sens de ce que l’on fait et sa motivation.

 

Bien se connaitre et appréhender ses activités

C’est pourquoi il est important de distinguer en soi quels sont les élans internes qui nous traversent. Sont-ils plutôt de l’ordre du jeu, de l’exploration ou au contraire du travail, de l’objectif précis ?

Il est également nécessaire de comprendre quel type de tâche on s’apprête à réaliser. Est-ce une tâche plutôt joyeuse et ouverte ou plutôt exécutive et focalisée ?

Si besoin, il peut être utile de découper certaines tâches en sous-tâches orientées soit « jeu », soit « travail » pour gagner en efficacité et ainsi adapter la sous-tâche à ce qui est juste pour soi à un moment donné.

S’observer au cours de la journée peut être un bon moyen de connaître son fonctionnement. Pour de nombreuses personnes, le jeu est plutôt une activité du matin, mais ce n’est pas systématique ! Chacun a son rythme propre et pour le connaitre, rien de mieux que l’expérimentation !

 

Mon approche par mes accompagnements prennent en compte ces deux aspects de la création pour une pratique harmonieuse, équilibrée et pérenne.


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Isabelle,
Expérimentatrice enthousiaste des arts visuels.
Mais pas que.

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