Ma dépression vue de l’intérieur

Qu’est-ce que ça fait de vivre une dépression ?

C’est à cette question que j’ai voulu répondre, au travers de ces trois peintures. Bien sûr chaque expérience est unique et je ne peux que raconter la mienne.

J’ai cherché à représenter ce qui se passe à l’intérieur et qui est invisible aux yeux extérieurs.

 

La dépression s’installe

Les démons intérieurs, produits par les blessures passées, ouvrent une brèche. Tout le négatif ambiant y rentre, et le positif ambiant ne rentre plus. Le négatif remplit peu à peu tout l’espace intérieur, noyant les élans de joie, de plaisir, d’envie, de vie par cette marée noire de jugements, d’obligations, d’absurdité, de peurs et de résignation.

 

À tout ça, la réaction première, c’est de nier cet état intérieur si négatif, pauvre et misérable. Les fragilités se muent petit à petit en hontes inadmissibles. Comment cet état intérieur pourrait-il être accepté par les autres et par soi ? Comment vivre avec ces blessures et ces démons internes dans un monde où chaque fragilité apparaît comme un ennemi à abattre ? Comment alors avouer ne pas être ce que l’on paraît ? Comment prendre le risque du bannissement et de l’exil au moment même où l’on a le plus besoin de soutien ?

Ce sont autant de réflexions et de dilemmes qui deviennent ruminations et désespoir. Entre le besoin d’acceptation et le besoin de sincérité, le compromis peut être rude et douloureux, et surtout bancal

À qui faire confiance ? à ces autres qui m’ont tant déçue ? à moi qui me suis trop souvent trahie ? alors à personne. Moi-même je ne saurai pas que je suis fragile.

L’inconscient est un formidable outil de dénégation lorsqu’on a besoin de s’épargner la peine d’une réalité. Cependant il y a un coût très lourd à ce refoulement, et à la longue toute cette construction peut s’effondrer comme un château de cartes. Et sûrement au moment le plus importun, celui où on est fragilisé par un évènement extérieur ou une situation pénible.

Tout ceci aboutit en fin de compte à une acceptation sereine de la réalité, mais avec beaucoup de fracas et douleurs. Les repères changent, les émotions sont exacerbées, l’hésitation est présente. Tous ces signes marquent une métamorphose d’autant plus douloureuse qu’elle est nécessaire. Car oui cette étape n’est pas un accident, elle est nécessaire à la vie, à la construction et au développement de l’être. Comme toutes les épreuves que nous croisons sur notre chemin.

 

Les stratégies

Les deux autres peintures sont directement inspirées du livre La dépression, une étape pour grandir de Moussa Nabati. Il explique bien les deux stratégies principales et qui sont, je le pense, complémentaires l’une de l’autre.

Une stratégie c’est d’être excessivement altruiste, s’occuper toujours des autres et vouloir paraître bon, aimable et innocent.

 

 

La seconde stratégie consiste à se punir de sa méchanceté, sa mauvaiseté imaginaires.

Lorsque les deux sont combinées, cela donne des stratégies d’antagonisme dans le bonheur : on cherche à faire le bien aux autres en se faisant du mal à soi.

 

Cela a été mon cas et c’est toujours une tendance que j’apprends à identifier. Rendre service aux autres alors qu’on n’a pas envie, s’interdire un répit ou une célébration parce qu’on aurait pu mieux faire, ce genre de choses. Et je parie que je ne suis pas la seule à avoir parfois ces petits travers 😉

 

La dépression m’a sauvé la vie

Il y a beaucoup d’incompréhensions concernant la dépression. Ceux qui ont vécu ou vivent un épisode dépressif, ceux qui n’en ont jamais connus ne se comprennent pas.

Et cela entraîne de nombreux préjugés, de nombreuses discriminations.

Alors qu’au fond, la dépression est une étape de prise de conscience sur de vieilles blessures qui ont amené à des stratégies inadaptées pendant si longtemps que ça devient trop difficile de continuer ainsi. C’est réellement un palier vers plus de responsabilités et de pouvoir sur sa vie. Et cela se fait dans la souffrance, et cette souffrance est injustement perçue comme quelque chose à combattre absolument voire à mettre sous le tapis. La libération et la croissance commencent lorsqu’on peut enfin regarder cette douleur en face.

C’est pour cela que je considère que la dépression m’a sauvé la vie, ou plutôt m’a rendue vivante. Avant elle j’étais un automate mû par des réactions de défense pour survivre dans un monde qui m’apparaissait glacial et cruel. Désormais je poursuis un chemin vers ma liberté d’actions dans ce même monde où j’expérimente plutôt que je ne subis.


Isabelle,
Expérimentatrice enthousiaste des arts visuels.
Mais pas que.

Envie d'aller plus loin ?
Envie d'explorer ton côté loufoque ? Télécharge ton cahier d'exercices récréatifs à faire partout !



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *